Tout le monde attendait un duel entre « goleadors ». Luca Toni d'un côté, David Villa et Fernando Torres de l'autre. L'affiche était belle, mais elle n'a pas tenu toutes ses promesses. Loin de là. Les projecteurs se sont alors rapidement braqués sur les deux gardiens, Gianluigi Buffon et Iker Casillas, considérés comme les deux meilleurs du monde. En effet, devant la pauvreté du jeu proposé par les vingt autres acteurs, on sentait que la décision ne pouvait se faire que lors de la cruelle séance de tirs au but. A ce petit jeu, Casillas est ressorti en héros. En pleine réussite, il est parvenu à détourner magnifiquement deux tentatives italiennes. Lundi, la presse espagnole était unanime : il est l'homme de la qualification en demi-finales.
Durant les 120 minutes de jeu, Iker Casillas n'a pas eu grand-chose à se mettre sous la dent, rappelant étrangement les deux premières rencontres qu'il a disputé face à la Russie (4-1) et la Suède (2-1). Depuis le début de l'Euro, le capitaine de la sélection espagnole est habitué, si l'on peut dire, à jouer les seconds rôles, n'ayant pas énormément d'occasions de s'illustrer. La gloire revenait essentiellement aux deux buteurs David Villa et Fernando Torres. Dimanche, il leur a volé la vedette. Tout d'abord en sortant deux arrêts de grande classe sur des tentatives de Camoranesi et Di Natale, puis en provoquant la chute des champions du monde lors des tirs au but. Ses victimes : Daniele De Rossi et Antonio Di Natale. « J'étais sûr qu'il en arrêterait un, expliquait Luis Aragones après la rencontre. Il les avait travaillés avec son entraîneur le matin en regardant des vidéos des Italiens. Pourtant, Casillas n'avait plus fait un arrêt dans une séance de tirs au but depuis les huitièmes de finale de la Coupe du Monde 2002 contre la Corée du Sud. Pour le gardien madrilène, sa performance est en partie due à la chance : « On sait que les tirs au but, c'est une loterie. »
En propulsant son équipe en demi-finales de l'Euro, Casillas a fait gagner le gros lot à toute une nation, qui voit en cette victoire la fin d'une malédiction. « Ce triomphe espagnol nous aidera peut-être à nous débarrasser de ces fardeaux historiques qui ont longtemps pesé sur la confiance de tous », estime un journaliste ibère du quotidien Marca. L'Espagne n'avait plus atteint le stade des demi-finales d'une grande compétition internationale depuis l'Euro 1984. Déjà surnommé « San Iker » (Ndlr : Saint Iker) par les socios du Real Madrid, Casillas a vu Joan Capdevila lui lançait : « J'ai dit à Iker qu'il était devenu un dieu pour moi. » Déifié par toute l'Espagne, il ne s'enflamme pas et voit désormais plus loin avec un match délicat contre la Russie : « On a eu de la chance, mais on est qualifiés. Maintenant, il nous faudra battre la Russie. On les a déjà battus mais c'est une équipe très forte et elle l'a démontré contre la Suède et les Pays-Bas. » Le 10 juin 2008, l'Espagne avait donné une leçon à la Russie (4-1). Casillas avait passé une soirée tranquille. Mais avec le retour d'Arshavin, la tâche s'annonce plus compliquée.